Fatoumata KANE

L’Afrique et la violence faite aux femmes

Ce vaste chantier des droits des femmes en Afrique dont on parle régulièrement et dont on secoue de temps à autres les résolutions poussiéreuses est pourtant un enjeu majeur du développement du continent.

De nombreuses femmes sont confinées dans des croyances populaires qui leur dénie tout droit de leadership et d’épanouissement en dehors de cercles mineurs bien circonscris ou on les maintient vaille que vaille en leur faisant croire qu’elles ont tous les droits. La manipulation a longtemps fonctionné et a été la source de beaucoup de problèmes irrésolus car irrésolubles et a entrainé des millions de femmes dans une détresse psychologique ou nul n’est allé les sortir. Les histoires de femmes mortes de chagrin ou de démence continue à hanter nos maisons, nos villes et villages et l’omerta est de mise pour ne pas désigner les malfaisants criminels qui s’autorisent à créer le néant dans leur entourage du fait de leur étroitesse d’esprit et de leur manque de confiance en eux. Leur seule jouissance étant comme par sadisme de faire souffrir les femmes qui ont le malheur de se trouver sur leur chemin.

Malgré les résolutions multiples, les conventions interminables, la réalité du terrain reste dramatique en Afrique. Les violences faites aux femmes sont innombrables et multiformes et dans tous les milieux sociaux. Le drame est qu’en plus de la honte de mettre ces forfaitures devant le public, les femmes n’ont accès à aucun numéro vert, aucun soutien psychologique et aucune écoute fiable et solidaire, ou si peu. Elles souffrent et meurent en silence pour avoir vécu et subi les violences de psychopathes qui vont hélas continuer à parader en costume-cravate ou en boubou majestueux fort de leur pouvoir que nul ne leur conteste, se sachant au-dessus des lois car protégés par une organisation sociale phallocrate qui leur permet de continuer à semer la désolation dans d’autres coeurs et esprits.

La lutte contre toutes les violences faites aux femmes doit être au coeur des politiques gouvernementales et ne pas seulement rester figée sur du papier glacé sans impact réel sur le terrain. Le chantier est vaste et requiert la mobilisation de toutes les femmes, de celles qui ont accès aux sommets des états à celles qui sont dans les villages les plus reculés. Toutes doivent se mobiliser pour dire non aux abus et pour faire valoir leur droit au respect de leur dignité humaine. Il faut pour cela éduquer les filles et les femmes à dire non et à la violence domestique, à détecter les signes et pratiques discriminatoires et à apprendre à se mettre à l’abri des prédateurs.

Les non-dits, les on-dit et les balivernes divers et variés qui n’ont pour but que de les maintenir dans des positions subalternes par rapport à leur conjoint, frère ou autre parentèle doivent être combattus et tournés en dérision par une prise de conscience sans équivoque du fait que seuls les complexés et les faibles cherchent à soumettre et à dominer leur semblable. Rien ne justifie le statut inferieur de la femme dans la société.

Il serait dommage de devoir revenir aux luttes classiques du féminisme primaire, mais il est aujourd’hui important voire indispensable de ne pas taire les violences, de cesser de se mettre des oeillères et d’ouvrir les yeux et de venir en aide aux femmes de notre entourage et à toutes celles qui souffrent et qu’on tue petit-à-petit sous nos yeux. La mise en place de structures d’écoute et d’accompagnement est un devoir citoyen et la loi du silence est un acte de non-assistance à personne en danger. Le respect des droits de femmes doit être un objectif majeur de toutes les démarches actuelles qui veulent converger vers un épanouissement des filles et femmes dans leur milieu social, il ne faut pas les arracher à leur culture au risque de créer des dommages irréversibles mais il faut créer les voies et moyens pour que la longue liste de leurs droits bafoués soit réduite à néant et criminaliser tous les actes qui iraient à l’encontre du respect de ces droits.

Fatoumata KANE – Mai 2013